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TEKNIVAL 4

date : 18-06-1994

teknivaldesfilles

 

Il est vrai que les années passant les souvenirs s’étiolent…

C’était fin juin 94. Ce teknival a commencé aux alentours du 18-19 juin et devait se terminer dans la panique voir même, la terreur. Avec une intervention militaire, policière, douanière le lundi 27 à 6heures du matin, mitraillette au poing.

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Nous, petits jeunes de 19 ans avions organisé une petite « rave party » pour nous dans la guarrigue ,et ,sans le vouloir, sans flyage intempestif nous avions fait assez de bénéfices avec notre bar de fortune pour se payer l’essence et le reste (of course… 19 ans à donf à donf) et aller retrouver les gentils gens des Teknocrates, Psychiatrik, Spiral tribe team, Nomads , Bedlam, Mutoid waste… à Montpellier La Vieille. Ce n’était pas notre première rencontre avec ces oiseaux là. Nous les avions rencontré l’été passé dans une station essence, un dimanche midi, et nous les avions suivis pour 15 jours de campement édukatif au dessus de Pamier en ariège (me semble -t-il)…
Nous arrivons donc le dimanche 20 juin à la nuit tombée, posons nos véhicules dans un coin de champs et rentrons dans le camp. Ce teknival était appelé « Le teknival des Filles » car les filles, parait-il, s’occupaient de l’organisation (humhum…) enfin comme on peut organiser ce genre de rassemblement. C’est à dire un terrain loué à un agriculteur sur un plateau.
Le problème c’est que tout le monde s’est trompé de champs et que nous avons squatté le premier terrain venu, et non celui du fond… donc un terrain qui n’était pas le bon. D’où multiples soucis avec le paysan qu’a fini par nous envoyer des forces de l’ordre hyper musclées.

Question sons, il devait y en avoir une quinzaine peut être vingt mais tous avec une âme « un quelquechose …je ne sais quoi ».
Sons de tout horizon, de la House anglaise à Mokum (avec Liza’n’Eliaz), en passant par le big son central des Spi mais aussi Bedlam, Teknocrates et j’en passe… et des sons Goas fluos très accueillants partout dans la forêt.
Je parle d’un temps où la guéguerre teufeur-clubber n’existait pas. Nous étions des RAVERS unis dans un seul but : « Tekno never stop, make some fucking noise, just do it yourself!!! » On ne louait pas de sons pour le teknival il n’y avait pas des 70kw de sons mal montés qui t’abrutissent avec des gens sans talents aux manettes.
Chaque sound system était propriétaire de ses enceintes, de son groupe, de son camion (autonome) … Les gens qui prenaient les platines étaient talentueux c’était pas Maurice Grouniard aux platines. Ceux qui commençaient dans le Djing faisaient des ping pong avec des DJ (réels maitres de cérémonies) plus expérimentés. Il y avait un échange de savoir faire, de techniques…

Les lights étaient dans les arbres tout autant que sur les dancefloors , magnifiques. D’énormes tentures tout autour des sons reprenant le logo de chacun et parfois leurs revendications mais toujours avec beaucoup de couleurs. Le « breach the peace » n’était pas loin dans les esprits de nos amis anglosaxons.
Le son des SP était au centre du rassemblement avec le superbe dessin d’un cerveau humain derrière la cabine des Dj ( à la Lovecraft..),leur son était dans un poid lourd ouvert sur toute la longueur et offrait à tous, des sons breaks; comme nous, petits françaouis entendions rarement; un hard core riche et péchu, une tekno lourde et entrainante et de l’acid-core, transcore comme on retrouve rarement en 2K5…

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Sur les hauteurs du plateau il y avait un énorme bloc de granite, des « tekno-randonneurs » étaient montés pour dessiner à la peinture blanche une énorme spirale, symbole de notre union comme jamais: « tous dedans » (dans la spirale).
Pas de caille (on connaisait même pas cette appelation).
Des dealeurs ? ….pas de dealeurs. Tous des dealeurs- échangeurs….
Le tam-tam, Tatoo et autres gadjets n’existaient pas encore… quant à internet qu’est ce que c’est ce truc….?
Quand tu étais là bas, tu n’étais que là bas !

Les contacts avec l’extérieur se faisaient lorsque nous descendions au bled le plus proche (Millau) pour se fournir en essence, en eau et quelques menus victuailles.
Au bout de 6 jours, les habitants de la bourgarde de Millau se refusaient à nous vendre des produits, effrayés par « ces mad max descendant de la montagne ». Comme si nous étions des aliens. Nous avons rencontré un manque d’eau bien que la rivière passait à proximité. Nous n’osions guère aller y boire, ormis quelques Crusties anglais…
Un vieux paysan très gentil nous vendait des poulets, des oeufs, du lait et quelques légumes de son potager. J’ai le souvenir d’un réèl manque de nourriture et d’eau durant ce rassemblement surtout le dernier week end.

Il y avait des enfants (et bien souvent des nouveaux nés accrochés au sein de leur mère ) dans le camps, et c’était fou de voir des gens refuser de vendre de la nourriture pour les petits…
Les enfants étaient anglais, irlandais bien souvent livrés à eux même à partir de 3 ou 4 ans. Je me rapelle être allée me laver à la rivière et avoir pris la petite fille d’une anglaise complètement à l’ouest. Sa petite n’était pas encore propre elle avait les fesses à l’air dans la terre, elle pleurait en suivant sa mère qui faisait un peu n’importe quoi. C’est un souvenir dur de se rappeler cette enfant perdue.

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Sur les sons nous pouvions trouver des coktails de jus de fruits détonnants à l’oxygène, au LSD, du speed au bar, des extasies qui durent 12heures. Les buvards étaient très bons, plus proches du LSD californien que du hollandais. Nous étions friands de gélatines, fractals et micro-pointes. A cette époque on disait pas « t’es chepper » dans le sud mais « t’es pointu »!!!
Au petit matin l’acid-core était roi et j’avais l’impression d’être dans un champs de portes qui grincent qui s’ouvrent qui se ferment.

Il y avait la tribue des Glück avec Sabo (RIP) et Guy l’Hallu vs Guy l’amour entre autres qui avait monté une maison faite de tissus indiens. Pour les trouver il suffisait de suivre les triangles de prières tibétaines. Ils donnaient à boire aux gens, les faisant redescendre lorsqu’ils partaient trop loin trop haut, très rassurante la tribue des glûck.

Nous sommes restés ainsi dans ce petit paradis électro une bonne huitaine de jours dormant sous les arbres à la belle étoile, rinçant nos vêtements à la rivière nous balladant torses nus en attendant que nos affaires soient sèches. Parfois l’impression de se retrouver dans une Acid test party Kool-aid d’autres fois dans un rassemblement de Hell’s Angels …
La violence était là tout n’était pas non plus beau et rose. Les anglais buvaient beaucoup de whisky et se foutaient régulièrement sur la gueule. Mais personne n’intervenait chacun était maître de lui même et si certains se retrouvaient le nez en compote il n’y avait pas de vengeance malsaine (on allait pas chercher les copains pour régler ses histoires). Les travellers utilisaient ce genre de rassemblement pour se vendre , ou s’échanger des camions, du son. Alors on vidait le camion de son contenu en tas devant; et les gens se servaient en pantalon en superbes lacets fraises, en chaussettes à rayures, casque de mineurs…
Si quelqu’un a des images de ce rassemblement ça serait très bien de les faire partager pour que jamais on oublie comment ce fût à un instant T…

La fin de ce campement a été l’oeuvre des militaires qui sont arrivés le dimanche 27 à 6heures du mat par camions entiers mitraillettes au poing prêt à tirer. Ils sortaient les gens des tentes en les tirant par les cheveux. Les gens effrayaient couraient dans tout les sens…. Mais on a remis ça à Aurillac en août et c’était toujours aussi magique. C’est resté magique jusqu’au teknival de 1996 à Vitry Le François. En 97, à Courcelles c’était déjà autres chose… La fin d’un temps, le début d’un autre…
Mon âme est restée dans ses premiers campements et tout ceux qui les ont vécus ,seront, je le pense d’accord avec moi…

Patt / PonkyBooster

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