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TEKNIVAL EURO 2000

Date : 01-01-2000

Part One : Passage éclair au paradis teknoïde éphémère du Peynier pour fêter la NON-apocalypse…

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N’ayant passé que la nuit du 31 au fantastique tekos euro-2000, je vais brièvement évoquer ici l’ambiance générale qui s’en dégageait cette nuit-là, et vous aurez ci-dessous de plus amples détails dans un report rédigé par « Mr Grincement », qui y est resté plusieurs jours et a donc eu beaucoup plus de temps (et de calme) pour faire la cueillette des infos. Après une petite ballade touristico-indus au pied des centrales thermiques du Rousset, on est arrivé peu avant l’heure du grand changement, et on a été accueilli, sur le placard à voitures, non pas par les habituels résonances de Bassdrum mais par les salves sifflantes des feux d’artifices installés au sommet des hangars entourant le parking. Oui, même au teknival on a des belles vertes et des belles roses qui dessinent des formes kitchissimes au dessus de nos têtes… D’ailleurs certains préfèrent faire semblant de ne pas voir !! Moi je trouve ça drôle… et cool pour tous les gardiens de garde cette nuit là sur la Zone du Rousset !

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Le tekos est installé à l’abri, dans un hangar à verrues : un espace démesuré où se sont installés plusieurs sons et des petits hangars-verrues accolés à cet espace central, auxquels on accède par différents passages ou par l’extérieur. Il y a dans la grande salle quatre gros sons, d’au moins 25000w chacun, et les murs d’enceintes sont réellement impressionnants. C’est la « salle de bal » ou se sont installés dos à dos ADN + TNT et TOULOUSEHC, plus loin, le collectif Sound Conspiracy s’est crée un « espace dans l’espace », c’est à dire un endroit délimité par un coin du hangar d’un côté et les camions en ronde de l’autre. Les italiens de Lego sont là aussi avec Kamikaze. Disons en gros que durant cette soirée aucun son ne s’est distingué musicalement, le pouvoir était aux DJs et c’était généralement pas très réjouissant, la majorité des sons passait de la tek, hard-tek, voire house, qu’on regroupera à partir de maintenant sous le nom d’Easy-tek…

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Le Chaos Lab s’est quand-même démarqué en passant du hard-core, break-core, sans tomber dans les plans gabber-caricaturale ! Alors qu’est-ce qui a fait de cette soirée un événement remarquable ? Et bien tout simplement l’ambiance, très joviale et détendue, et …(moins simplement), le fait que l’environnement visuel des sons était très soigné et que l’endroit se prêtait à des installations originales : ADN + TNT avaient par exemple installé les platines dans des bureaux en préfab’ évoquant aussi des containers à hublots et ToulHC eux, avaient installé leurs platines sur le toit de ces mêmes bureaux, s’orientant dans l’autre sens.

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Des deux côtés de nombreuses tentures étaient installées et du côté ToulHC on pouvait voir en plus, pendues un peu partout des guirlandes pas de spis (eheh!), mais de martiens ou de poupées destroy, et, au dessus du dancefloor un genre de foetus (de martien ou de spis ?) suspendu dans une boule-oeuf en plastoc.

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Le Chaos-Lab semblait sortir d’une BD de Bilal, les membres du son avaient investi, isolés dans une des verrues, des bureaux sur deux étages, reliés par un escalier-passerelle extérieur. Ambiance petite-maison chaleureuse, comme si la family du Chaos Lab vivait là.

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Investi d’une telle façon le lieu ne nécessitait pas de surcharge de déco, quelques éléments rappelaient les chantiers urbains. Par les fenêtres du rez-de-chaussée on accédait au bar, et par celles du 1er on voyait les DJs ou lives.

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Le collectif Sound Conspiracy se distinguait par l’énormité de son mur de son, et aussi par l’installation d’une cage à live, enrobée de résille noire. Derrière cette cage, tout le monde a bien scotché sur un magnifique cube verdâtre d’environ 1m50 de côté, éclairé de l’intérieur, et fait avec une multitude de composants informatiques et électroniques morts : disques dures, circuits imprimés, cartes en tout genre.

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La nuit, le tryptique de tentures phosphos très grand format se détachait bien et contribuait à « encadrer » le dancefloor.

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Plus loin, dans les verrues sombres, d’autres gros sons s’étaient installés, notamment les Cybex de Rotterdam, dans la « salle des colonnes » qui nous intégraient entièrement dans leur univers visuel : de grandes toiles tendues sur des structures pentagonales d’environ 2 mètres de côté servaient à projeter quelques . L’installation regroupait ainsi 6 grands panneaux derrière le son, dont les enceintes zébrées participaient également à cet univers hallucino-visuel.

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Dans « l’antichambre » de cette « salle des colonnes » s’était installé un petit chill-out à l’initiative de Pétrocore, ou l’on pouvait boire du tchaï, acheter de la zique electro-mécanique et mater quelques tentures ou installations.

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Dans une autre grande salle-verrue basse de plafond s’était installés les Quadrants, et l’on pouvait aussi voir une installation visuelle très éphémère de par sa fragilité, à base de bouts de tissus blancs aux formes strictes, disposés en quinconce et dévoilant certains motifs phosphos selon l’angle de vue, très efficace à la lueur des strobos et très surprenante de près puisque les matériaux n’étaient que des trucs récupérés et assemblés avec les moyens du bord. Signalons pour conclure que la performance des « Myst Fire » (qui pourraient s’appeler aussi les « Miss Fire »), des meufs d’origines suisse et hollandaise qui jouent avec le feu dans une grosse roue métallique tournant sur elle-même, a été très appréciée, ainsi que leur chorégraphie. Pour ceux qui n’auraient pas suivi, elles étaient dans la salle principale, à côté d’un bar ou l’on pouvait acheter des parts de Space cake et à proximité de la camionnette d’où Livia projetait ses vidéos.

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Mais malheureusement la soirée a été avortée de force pour certains : à la gare de Marseille une bande de CRS attendait sur le pied de guerre en jouant de la matraque (pour faire style) le départ du train Marseille-Aix qui devait permettre aux teuffeurs de rejoindre le tekos pour fêter, comme beaucoup de gens ce soir-là d’ailleurs, la nouvelle année. Sauf que ceux-là se sont fait jeter de leur train après que les CRS aient demandé à la SNCF de collaborer en stoppant le train entre Marseille et Aix, et en faisant descendre tout le monde à coups de matraque si nécessaire. Les faits sont édifiants et ne nécessitent aucun commentaire, signalons juste qu’ils révèlent surtout une haine farouche des autorités envers notre mouvement, haine farouche, officieuse et pernicieuse, et qui trouve son expression à travers les bavures dont nous sommes victimes, car elle n’a aucun fondement légal…

Report : Olga

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Part Two : Les vacances de « Grincement » au Tekni 2000

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Euro teknival 2000, c’était là et nulle part ailleurs, ou bien en Australie à la teuf bedlam + mutoid waste cie + ganpati sound + spaz.

Une gigantesque gare de triage pour fret routier a fait l’affaire après une tentative provocatrice avortée en face d’une gendarmerie près d’Avignon. De jeudi soir à mardi matin s’est déroulé probablement le plus beau teknival de l’année en France. Sur le territoire des vétérans d’OQP, Ubik et Meteks, tous présents avec leurs héritiers régionaux et la fine fleur des sons européens du moment, anglais, allemands, autrichiens, tchèques, hollandais et italiens ont contribué au brassage qui fait la richesse des teknivals.

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Voici ma navigation personnelle entre les sons qui ont animés ces 5 jours & nuits dans le plus grand désordre mental. Desert Storm, le son anglais de retour (mouvementé) de Rome où leur squatt a subit une très vigoureuse descente de la police italienne, se joint à Sound Conspiracy, OQP, Fox Tanz, des technomades parmi les plus actifs ces deux dernières années. Les musiciens sont opportunément placés au centre du dance-floor, face aux enceintes, dans une capsule métallique recouverte d’un filet camouflage au maillage très serré. La nuit, on y distingue de vagues silhouettes humaines s’affairant les yeux plongés sur des cadrans lumineux, multiples diodes multicolores clignotent un peu partout telle la salle de pilotage de l’Enterprise fonçant dans le vide intersidéral se déplaçant dans toutes les dimensions spatio-temporelles.

Dernier son à plier bagage mardi, l’amalgame Desert Storm-Sound Conspiracy-Fox Tanz 11 h 30 le 31. L’ésotérisme numérologique touche à sa fin devant le son des Quadrant, mellow house ronflante animée par sept anglais joviaux de semble t-il Nottingham. Déjà vus au tekos de Prague cet été, égaux à eux-même, sympathiques et souriants, attentifs aux danseurs et teufeurs trépignants devant leurs enceintes. Leur stand distribue un thé qui a sauvé plus d’une vie lors de ce teknival euro 2000 à – 10 °. Et une délicieuse bière tchèque (sont toutes bonnes !) Staropramen. Le champagne coule à flot et on s’embrasse à l’heure dite, dans la meilleure humeur possible ! Le DJ barbu nous appelle en levant les bras. Il lâche la purée, nos mollets se détendent. La tête renversée en arrière, les poings serrés projetés vers le ciel. Les grosses baffles caressent nos joues rougies par le froid, mais on sent plus rien d’autre que la vibration house pénétrante et chaleureuse, alternative bienvenue à la dureté des autres sons. Alors, on s’arrête un peu, là, et on coule vers le plafond, tout doucement. C’est maintenant que ça se passe, tout le monde est d’accord. J’attrape des épaules masculines et féminines, on se presse les uns contre les autres, MERCI ! Je t’aime, je t’adore, c’est la fête.

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Dehors, plus tard, l’air est glacial. Les sons diminuent, sont minuscules, des faisceaux anodins balayent les étroits chemins bordés par les voitures et camions. Du monde partout, même par ce froid. Les vitres se couvrent brutalement de givre. Nos usines de chair à vapeur crachent un épais brouillard. Les teufeurs discutent, hurlent comme des damnés « bonne année !! » et tapent des bongs pour se recharger. Jets de pisse, pétards, glou-glous de bambous, phares de voitures tournoyant, cherchant une place dans le noir foutoir. Petits groupes errants à la recherche d’un pote ou d’un coin pour taper le trait. Entre 4 et 7 heures le froid se fait cruel, griffant les pieds jusque dans les grosses chaussettes, tout au fond des duvets.

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Pourtant quelques corps endormis dehors ne réagissent pas, la fatigue triomphe parfois de tout. Sur le toit, c’est sublime : les dômes de plastiques servant à l’aération sont pour la plupart ouverts et la techno émise par les sons de la grande salle fuse puissamment vers le ciel. Toute la charpente, du sol au plafond, résonne, vibre, gronde sous l’effet des grosses basses. Les mugissements mêlés assourdis par le sol mou du toit font penser à un chat monstrueux ronronnant au soleil du 1er janvier 2000.

En face de la Montagne Sainte-Victoire, on se sent d’habitude tout petit, mais les murailles sonores vous remontent sérieusement. Les toulousaings regroupés dans un mur balancent un speedcore manquant légèrement d’imagination à mon gout, tandis qu’adossés à eux, ADN-TNT-Gravos bourrinent à souhait. Plus loin, Kamikaze très bien réglé éclairent leur dance-floor avec des images impressionnantes projetées sur de curieux écrans hexagonaux qui vous guettent tels les yeux de mouche géants

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Au fond du couloir, la claque rebondissante, arythmique et instable des anglais d’Hekate me tord les genoux. La basse se cache, pète à la gueule puis fauche vicieusement les chevilles. Pas moyen de tazer là-dessus, faut attendre la prochaine montée. Les bruits les plus incroyables sortent de ces enceintes, une vague d’acier qui s’abat sur la prairie, soudain transformée en jungle futuriste. Grincements de derrière la porte verte accompagnés de bouchons de champagnes détruisant la station mir. Joli live d’Okösystem chez Isif/Alternative mélangeant un méchant hardbeat matiné de cool jazz et de bruitages concrets. Lego : la tuerie.

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Comme à Prague, une semaine d’explosions sans discontinuer. C’est important. Pas de répit. Le concept est simple, c’est plus fort que toi, plus fort que le DJ, la police, le froid et la kéta. Une muraille devant laquelle se presse une foule de danseurs compacte et constante de la première à la dernière pulsation. Le DJ est planqué derrière, on ne voit que des baffles et des camions tout autour. C’est inhumain. À deux mètres du sol, on se consume rapidement. Desséché par le froid et l’énergie traversante. Mes bouchons auditifs me protègent partiellement, je me fais quant même massacrer tant c’est fort. Une fille me hurle quelque chose, puis me tire littéralement les oreilles : « enlèves-ça ! fais-toi plaisir ! » Je ne résiste pas à l’injonction, tant je sais que mes arguments n’ont pas la moindre chance d’être entendus ni compris. C’est un ordre, pas un conseil. Son visage est décidé. Elle se promène et semble vérifier que tout le monde jouisse à sa convenance. Et ça blaste. La guerre du son n’attend aucun traité de paix. Lego à travers l’Europe, pulse démon, pulse encore.
La bleusaille vient périodiquement nous rappeler avec son hallucoptère que la fête n’est qu’une dimension du présent, qu’on observe tout ce séisme avec la plus grande distance, entre l’amusement, le scepticisme affiché et le profond désintérêt. Le flash de France Info affirme que « 4 jeunes ont été blessés à coups de couteaux dans une rave party près d’Aix-en-Provence à laquelle 12 000 personnes ont participé et qui devrait se terminer dans la journée de lundi ». Pas un mot sur le millier de blessés du réveillon parisien.

Pendant ce temps, les turbulents Metek- Flyoske, tandis que le laboratoire du Kaos rivalise avec les Infrabass de trib tek. Ixy live au grand air pour les mini-travellers du bouncy castle guettés par les affreux D-pra-V. On a même vu des « vrais » instruments (guitare/batterie/poêle à kéta) martyrisés par des chépers turcs au fond d’un local près du chill-out du TIPI/Technoplus pays d’oc. Un chill-out chaud comme nulle part ailleurs dans le teknival. Plancher de chair. Impossible d’y mettre un pied, complètement envahis de corps léthargiques, montant ou descendant, attendant une fin ou un début ou rien du tout. Des voix assourdies bercent les nombreux dormeurs venus chercher un réconfort minimal puisqu’il tient en deux mots (calme et chaleur) mais ô combien apprécié dans le rude univers du teknival. Merci pour tout et on remet ça tantôt…….

Report : Grincement
grincement@yahoo.com

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