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TEKNIVAL VITRY LE FRANCOIS

Date : 15-05-1996

TEKOS14

tekni14

Vitry le François restera pour moi un de mes meilleurs teknivals tant par l’aventure qu’on a vécu que par l’ambiance même de cette zone autonome temporaire qui fût magique, intemporelle, trippante et familiale 😉

Tout à commencé dans notre appart’ de Bastille où nous vivions à une petite dizaine, on savait que le teknival avait lieu mais aucun moyen simple de s’y rendre.
C’était un plan qui sentait la galère à plein nez car pas de véhicule comme d’hab, pas de point de RDV pour s’incruster dans des bagnoles, pas de gare à moins de 13km du site… rien, nada !!
Mais bon on avait la vingtaine et on allait pas rester comme dans cons à tourner en rond… alors sur un coup de tête, on s’est dit : GO !
On est donc parti en train pour rejoindre la gare de Vitry le François qui était le point de chute le plus proche de la commune de Sompuis où le teknival se déroulait.

Arrivés en début de soirée, Une quinzaine de teuffeurs attendaient déjà sur place en se demandant quel chemin emprunter… tout comme nous 🙂
Après les présentations, tout le monde se décida à bouger pour une longue marche 🙂 sans savoir quel chemin prendre !! c’est l’aventuraaa…

A la sortie de la ville de Vitry le François, on s’arrêta pour admirer des champs à perte de vue sur un terrain vallonné, il faisait beau malgré les quelques nuages menaçants que l’on pouvait apercevoir au loin… ce qui rendait le ciel était magnifique.. c’est beau la pampa.
Mais alors que nous étions tous ébahis par ce spectacle de la campagne (réaction typiquement parisienne), quelqu’un remarqua un léger « boom boom » mais très léger… car très loin… On décida alors de suivre ce son caractéristique et le chemin le plus court pour y arriver, c’était à travers champs. Mais le groupe se scinda alors en 2 car une partie préfèra continuer sur la route bitumée (sage décision) on se donnait RDV devant le son 🙂

La randonnée (le mot est faible) commence alors dans des terrains agricoles tout mous… des fois on tombe sur un chemin plus dur et plus reposant mais bon, on a décidé de suivre le « boom boom » tout droit, alors on persiste à travers champs…
1h de marche plus tard, on distingue mieux le son et ça nous motive car la nuit commence à tomber… on passe une colline puis une deuxième…
2h de marche, il fait bien nuit mais certains ont des lampes… heureusement pour nous car dans notre galère la pluie commence aussi à tomber… on redouble d’efforts pour traverser tous ces champs…
3ème heure de marche, nos pieds s’enfoncent dans la boue ça devient bien galère et à chaque colline on se dit que le son est peut-être derrière…??
On l’entend de mieux en mieux… on boit pour se donner de l’énergie… on avance trempés et sur-motivés 😉
Enfin, on arrive en haut d’une colline et là ça y est : on aperçoit enfin les lights du Teknival… plus qu’un kilomètre (vague estimation) à parcourir…
… le petit groupe de randonneurs que nous sommes se met à rire de bonheur et on repart en accélérant le pas… je vous dis pas l’état de mes petites Pumas en daim 🙂

Arrivés sur le site, on croise les gendarmes et l’armée équipés de fusils à pompe qui bouchent l’accès au site, en tant que piétons, on passe sans problème et nous voilà au milieu des sound-systems. ENFIN !!
On distingue pas grand chose pour le moment il fait trop nuit et on est trempé on décide donc d’aller squatter un feu pour nous faire sécher un peu (on a pas de rechanges, ni de tentes, ni rien du tout… à part un peu de thunes)
je quitte mes groles et mes chaussettes et les pose à côté du feu.
On sympatise avec des teuffeurs qui nous sortent des pano 200 🙂 pouquoi pas le jour se lève, on est à la campagne, l’air se réchauffe, le son est bon … !!!

La première journée on découvre le site : les Spiral Tribe sont là mais aussi les Diaboliks, les Teknocrates, un autre son passe de la house bien sympa plus loin et en tant qu’amatrice de HardCore je décide d’aller voir les Fraktals. Ils ont posé leur son dans le bois dans une toute petite clairière. C’est l’underground de l’underground 🙂
On croise des connaissances, on fait des connaissances… tout s’organise rapidement tout au long de la journée, on prend nos repères on s’installe un squatt de fortune on passe du bon temps… en attendant la nuit suivante…

Toujours sous pano 200 on enchaine une nuit spiralienne… A travers champs, des véhicules contournent les barrages de police avec un camion qui creuse un chemin dans les broussailles et d’autres véhicules qui suivent … ça nous fait bien marrer..
Ce soir là ce fut un des meilleurs moments que j’ai passé devant le son Spiral tribe, à l’époque leur musique était encore novatrice et trés efficace, je me souviens par flash (ptet à cause du strobo !! hihi !!) de cette nuit car j’ai collé leurs enceintes sous la pluie, c’était magnifique tout scintillait tout le monde rentrait dans ce monde irréel et trippant de la transe électronique une fabuleuse expérience avec des sourires de partout… une osmose en fait entre les gens, le son, les djs, les éléments… vous savez de quoi je parle…

Aprés cette fabuleuse nuit, le jour se lève pour la deuxième fois, on est toujours en forme 🙂 cette fois les visages sont familiés on a trippé ensemble et on se reconnait … c’est dans ces moments là que la notion de zone autonome temporaire prend tout son sens car on a vraiment ce sentiment de micro société comme si plus rien autour n’avait d’importance comme si notre vie à cet instant précis était hors temps et hors système … un autre monde temporaire dont on profite au maximum.

Puis les nuits et les journées se sont enchainées tout comme la pluie et le soleil. Plein de petites histoires qui nous ont bien fait marré des potes qui sont arrivés plus tard … les concours de Bang entre les anglais, Raymond et mon pote Bob … le ouf qui se tape des démarrages en trombe sur le petit chemin de terre pour finir par s’encastrer dans une autre voiture non loin de là… un autre ouf qui aura passé son tekos à écouter ses enceintes de voiture en dansant devant puis qui est reparti comme il était arrivé 🙂 … d’autres histoires pas trop racontables …
c’était mortel …. je donnerais beaucoup pour revivre ce teknival…
Au bout de 4 jours, on repartira enfin épuisés mais heureux avec comme dessert un coeur artisanal anglais qui nous aura pas empéché de pioncer dans la caisse du couple qui nous a ramené sur Panam… Le réveil se fera à Place d’Italie où on nous a déposé avec un retour à la réalité de la vie en société … « saluuuuuuut jvoudrais un ticket de métrooooo msiouw !! 🙂 » pfioooou …. !!!

Report : defflo

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Photos : Vstee

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C’était en mai 96, j’avais 22 ans et je m’étais pris la rave dans la tronche l’été précédent à la Boréalis des Arènes de Nîmes…Rapidement une petite communauté techno tendance « chéper » s’était organisée à St Etienne autour du bar le 3b, noyau originel dont à ma connaissance il ne reste que Mem Pamal qui s’appelait alors Bruno et avec qui je faisais parfois la manche à deux didjeridoos pour pouvoir bouffer, les temps étant ce qu’ils étaient. On faisait des teufs dans le sud, on essayait de monter un truc qui tienne la route chez nous, on gobait comme des malades…

Un copain keupon me glisse un petit papier en noir et blanc froissé dans la poche, avec 3 infolines. « invitation to all the tribes, free festival… » on a tout de suite senti qu’il y avait là un truc différent des grosses raves habituelles, une expérience à vivre, on a foncé…J’étais un peu passé à côté du teknival de Tarnos l’année précédente (pas le bon moment, pas les bonnes personnes probablement), je n’allais pas louper le coche deux fois. Périple en stop avec une copine pas même majeure, dont je garde le souvenir d’une nuit passée à l’arrache sous une porte cochère à Paname, d’un routier qui kiffait Liza n’Eliaz, d’une femme clown-medecin et d’un restoroute en forme de pyramide au milieu d’une immensité de champs à perte de vue…Du Wim Wenders sauce acidcore.

On est finalement arrivés sur le site du teknival, près de Vitry le François le vendredi après midi en plein orage, c’était la panique, tous les sons pliaient en quatrième vitesse, pluie torrentielle, bourrasques énormes, ça s’annonçait mal. Puis le soleil s’est repointé, on a commencé a organiser notre campement et à tâter le terrain. c’était une lande, une frîche de 300 ou 400 mètres de long, jouxtant une forêt et une prairie, bordée par un chemin lui même délimité par deux larges talus… pour paraphraser Hunter Thompson, quel mélange de sons, d’images et de couleurs employer pour dire ce que ça a été d’être vivant, ces trois jours durant, dans ce coin du temps et de l’espace ? Nous nous sommes littéralement fait happer, engloutir par le teknival, il y avait de la musique, des sourires et de la dinguerie dans tous les sens. Toute la petite tribu stéphanoise était là mais c’était sans importance d’une certaine manière, il suffisait d’aborder quelqu’un, n’importe qui, pour repartir avec lui, quasiment bras dessus dessous vers un nouveau délire, alors quelle importance d’être du même bled ou pas ? Nous partagions tout et en étant un peu débrouillard et souriant, tout, absolument tout était gratuit…
Je me suis fait 4000 potes ce week-end là, des potes de deux secondes pour la plupart, le temps de se regarder éberlué et d’éclater de rire avant de disparaître dans la couleur dégoulinante, et toute une petite troupe mouvante qui errait de feu de camps en feu de camps, de son en son (il devait y en avoir une vingtaine)…
Les nuits étaient électriques, martelées par le son des labels network 23, drop bass, reload…Sons acid, bondissants, électroniques, abstraits qui se communiquaient de mur en mur, de bus en camion comme un unique langage.
Univers cyberpunks de toiles camouflages, de vieux ataris au cubase infatigable, mad max revisité d’une pointe de woodstock technologique, et voilà qu’un petit son trance se pose près de notre campement, déversant sa cargaison de ravers fluos et d’acid vodka servie à l’arrosoir…Les journées étaient plus languissantes, on se posait au soleil pour sentir les plus infimes vibrations de l’extase collective nous traverser, et tiens reprends donc un petit quart, c’est Daffy Duck qui arrose… Souvenirs de visages, ici une bourgeoise, la trentaine à l’aise, qui hurle, écroulée de rire : »ça devrait être obligatooiiiire », là un blond silencieux au sourire paisible assis devant le feu, que le LSD me fait voir comme un sage aborigène… Et encore, un type à lunette roses qui court dans les « champs mé », et un genre de vieux traveller souriant, comme d’une bonne blague, devant l’étendue du délire…Pour nous ça a duré trois jour, sans que le plaisir, sans que l’intensité du truc ne décroisse, jusqu’à l’ultime trait de speed offert par des hollandais, en forme d’adieu, après avoir aidé à ramasser les ordures abandonnées par les squatteurs de la TAZ…

Bien sûr nous étions à l’ouest comme jamais, tant d’années après je reste convaincu qu’il ne s’agissait pas que de ça. Je suis retourné en teknival, en rave, en free, j’ai repris les mêmes produits avec des résultats allant de « très bien » à « franchement atroce », mais je n’ai jamais retrouvé ce qui m’a saisi cette fois là, sur cette lande paumée au milieu de nulle part. Il y avait une magie vraiment particulière, dont j’ai encore le goût dans le coeur, et cette nostalgie ne me fait pas pleurer sur le passé, elle m’encourage à me battre pour que de nouvelles zones de folie puissent naître, maintenant que la forme « free party » est épuisée.

A bientôt…

Report : EnCoder

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